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Samedi 15 septembre 2007
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1989...

« Tu ne l'as pas tué... »

Le vieil homme souleva son grand pied et écrasa d'un coup l'araignée.

« Vois tu, Vincent, il faut frapper en premier et d'un coup décisif, ainsi, ton ennemi ne peut t'échapper...

-Mais papy...

-Suffit! Fit il impérieusement. Fini de ranger ce grenier, je vérifierais que tu as bien fait ton travail tout à l'heure. »

Le grand père laissa Vincent seul dans cette immense pièce, avec pour seul lumière une petite lucarne même pas assez grande pour le faire passer, pourtant mince qu'il était. Il avait l'impression d'être minuscule et perdu dans cet amas de cartons, de poussières et d'ombres. Sans doute se trouvait il un monstre, un animal ou un insecte qui l'observait dans l'obscurité. Cela le terrifiait, mais pourtant, il devait combattre ses peurs. Son grand père lui avait dit que la terreur était la justification des lâches. Lui même tenait ça d'un sergent durant la guerre. Vincent avait appris au fil du temps à transformer sa peur en excitation. Sans le savoir, il était devenu une sorte de drogué. Il attendit que le bruit des pas du chef de maison s' éloigne pour s'approcher du cadavre de l'araignée, complètement aplati par le talon énergique de l'aïeul. Il regrettait amèrement le geste de mort de son grand père. Il n'avait pas observé, ou cherché à comprendre l'arachnidée; il l'avait vu, et instinctivement, l'avait tué. C'était devenu un réflexe pour lui d'éliminer ce qui lui était inférieur. Et ça n'était pas forcement très compréhensible pour un gamin de huit ans, lui qui pouvait passer des heures à observer une fourmilière. A chaque fois que le vieil homme passait à coté de lui lors de sa période d'étude entomologique, celui ci hochait de dépit la tête tout en se passant la main dans sa barbe. Visiblement, il ne trouvait pas cela normal de rester des heures ainsi devant des insectes. Il mettait cela sur le compte de la mort de sa mère, et peut être sur le fait que « tout compte fait ce gamin est peut être pas normal, genre autiste », disait il souvent à l'adresse des voisins, comme pour se faire plaindre.

Mais cela passionnait Vincent. Il pensait à ces petits êtres capables de faire de si grandes choses: chasser, construite, déblayer, élever, cultiver. Il avait lu pas mal de livre sur le sujet, et avait fait part de chaque nouvelle information apprise à ce sujet à son grand père, qui lui rétorquait à chaque fois « ce ne sont que des bestioles ». Il en avait arrêté de communiquer sur ce point avec son grand père, le dialogue se résumant à de simple discussion sur les devoirs ou le ménage à faire. Vincent garda cette passion pour lui, même à l'école, où cela était aussi mal vu, sauf par son institutrice qui voyait en lui quelqu'un de très éveillé. Ce qu'avait immédiatement démenti le grand père: « Un gosse qui reste des heures à rien faire devant des bestioles, j'appelle ça un faignant ». Pourtant, Vincent ne renâclait pas à la tache: vaisselle, ménage, jardinage, rangement. Il faisait tout ce qu'il pouvait pour aider son grand père sur ce point, celui se plaignant de maux de dos toute la journée, tant et si bien qu'il passait la plupart de son temps libre à faire les tâches ménagères...

Il était en train de déplacer un carton particulièrement lourd, quand le fond de celui craqua et laissa tomber tout le contenu sur le sol dans un fracas épouvantable. Vincent se mit immédiatement à genoux, espérant que son grand père n'ai rien entendu, et commença à ranger le contenu du carton, qui heureusement ne contenait rien de fragile, juste quelques bibelots d'un autre temps. Il ne resta pas à contempler les objets, il se pressa de les mettre dans une autre boite le plus vite possible, quand il tomba sur un objet qui n'était pas décoratif. Métallique, possédant une crosse et un canon. Vincent n'avait jamais vu un revolver, mais il en avait lu des descriptions et vu des reproductions en tant que jouet dans les cours de récréations. Il pris l'objet entre ses mains, délicatement, comme s'il était trop chaud, et sans savoir pourquoi, le caressa, comme pour le nettoyer. Il trouvait le contact de l'objet particulièrement agréable...

Mais pas autant que la gifle que lui donna son grand père qui était arrivé dans le grenier sans faire de bruit. Jamais il n'avait reçu une tel gifle avec autant de violence, il en était tombé à la renverse. Les larmes lui montaient aux yeux, il ne comprenait pas en quoi il avait fauté.

« Ne touche pas à ça, morveux! C'est dangereux! Si je te revois avec ça, je te tue! Maintenant dégage, je veux plus te voir! Et tu fileras directement te coucher ce soir, et sans manger! Allez, file avant que je fasse un malheur! »

Vincent courra vers le jardin sans pleurer, juste quelques larmes. Il avait pris l'habitude de ne pas montrer sa peine aussi ouvertement, même s'il ne restait qu'un enfant. Il se dirigea vers le pied du pommier, là où il restait accroupi des heures, à observer sa fourmilière. Il se mit en position foetale, ruminant sa rage et son incompréhension. Pourquoi? Qu'avait il fait? N'en donnait il pas assez? Était il la cause des ennuis de tout le monde, vu comment on le traitait? Il se concentra en sanglotant sur ses petits compagnons, qui travaillait d'arrache pied pour le bien de leur communauté. Comment eux pouvait il supporter leur tache, quitte à en mourir? La réponse lui vint naturellement. Ce ne sont que des bestioles après tout... Et les bestioles...

Calmement, Vincent alla dans la remise du jardin, et trouva le bidon d'essence du motoculteur. Il en pris un peu dans une boite de conserve, et trouva l'une des boites d'allumettes que son grand père laissait traîner partout dans la maison. Il se redirigea vers le pied de l'arbre et aspergea la fourmilière du liquide puant, que lui trouva étrangement enivrant. Les fourmis, en bonnes ouvrières, commencèrent à se mettre à l'ouvrage pour réparer l'inondation, sans se douter du danger. Le jeune garçon craqua une allumette et la lança sur la construction de terre, qui émis un sifflement, comme la plainte de milliers de créatures. Enfin il comprenait son grand père sur ce point: ce ne sont que des bestioles après tout!

Par Xaer Khân - Publié dans : Romans
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