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Dimanche 18 mars 2007

L'Allemagne avait bel et bien gagné... Que reste-t-il de la France? Plus rien, à part du sang et des larmes...

On m'avait parlé d'un homme qui nous aurait aidé depuis Londres à réunir les forces françaises libres. Mais son avion l'emmenant vers l'Angleterre le 17 juin 19401 s'écrasa en pleine Manche, son corps ne fut pas retrouvé. C'était, si je me souviens bien, le Général de Gaulle. Je ne le connaissais pas, j'avais juste vu  certains de ses ordres passer par la préfecture. Un homme d'honneur et un patriote à ce que je sais. Quel ironie, à cette même date, j'étais rue Docteur Maunoury, à Chartres, en train d'être soumis à la question par quelques allemands un peu trop zélés2. J'en garde une amère trace indélébile. Ma plus grande peur et ma plus grande force. La source de mon serment: je reverrais ma douce France enfin libre!

Maintenant, le seul espoir que nous avons ne peut venir que de nous même ou de l'extérieur. Anglais ou Américains, qui selon nos informations, préparaient un futur débarquement. Quant aux Russes, n'en parlons pas, ils se débattaient comme des chiens enragés dans l'enfer de Stalingrad. Rien à espérer d'eux, mais il ne fallait pas négliger les communistes. Ils étaient trop nombreux pour qu'on les néglige au sein de ce qu'on appelle la « Résistance ».

Pour le moment, nos actions sont symboliques: j'ai rédigé un appel que l'on a clandestinement affiché là où on pouvait. Certains se sont fait prendre la main dans le sac, et se sont fait torturer. Un cuisant échec qui nous a fait redoubler de prudence, en agissant sous le couvert de pseudonymes. Le mien était « Max ». D'autres fidèles me suivent: les Aubracs3, Brumaire4, Vidal5, Vercors6 et tant d'autres. Ils me donnent le sentiment que quand l'un tombe, deux se relèvent. Que la résistance n'est pas le fait d'un seul homme mais de tous. Que nous sommes plus que des hommes: nous sommes une entité, que j'appellerais volontiers Hydre. Une hydre dont chaque tête est en désaccord avec l'autre, prête à dévorer son propre corps par pur orgueil. Voici ma fonction: réussir à faire que l'hydre dévore notre ennemi, plutôt qu'elle même. Et c'est un travail de tous les instants, mais il doit être fait.

Je devais pour cela partir en Angleterre, afin de rencontrer Churchill, et de lui faire un rapport détaillé de notre situation et ainsi représenter la France Libre devant ce qu'on appelle aujourd'hui les « Alliés ». Le colonel Leclerc7 fait ce qu'il peut pour nous représenter, mais c'est avant tout un homme de terrain, la diplomatie ne lui parle pas beaucoup. Après avoir pesé le pour et le contre, je décidais de partir pour Londres, pour le relever. Je suis sûr qu'il sera enchanté de repartir pour l'Afrique. J'eus le temps d'écrire une dernière fois à ma mère et à ma soeur Laure, sans pour autant m'étaler. Le courrier était sûrement surveillé. Leur vie était déjà assez dure comme cela sans pour autant en rajouter par mon implication dans la Résistance. Et je ne devais donner aucun indice pouvant tomber entre les mains ennemies. Cette paranoïa n'était pas seulement utile, elle était vitale.

 

« Chère maman, chère Laure,

 

Je suis toujours en pourparlers pour ma situation et, contrairement à ce que je pensais au début, il y aura bien des difficultés. J'ai pourtant bon espoir. Il me tarde d'avoir une position qui m'assure d'avoir les moyens d'existence suffisants, car la vie devient de plus en plus chère.

Je vous tiendrais au courant. Écrivez moi vite, car je vais avoir à me déplacer. Bonne caresses.

Jean8 »

Je passais avec de faux papiers et sous le nom de Joseph Mercier par l'Espagne et le Portugal, et j'attendis presque deux semaines qu'un bateau britannique passe me chercher. Après plusieurs jours de voyage, j'arrivais en Angleterre, où je fus accueillis par quelques français cherchant des nouvelles fraîches du continent. Je fis ce que je pus pour étancher leur soif...

J'envoyais dès que j'en eu l'occasion une dépêche à faire passer à la BBC: « Henri Delacourt est bien arrivé9 ». 

Ceci fait, j'eus le coeur moins serré à l'idée qu'on savait que tout allait bien pour moi après plusieurs semaines de voyage...

Je fus assaillis de rapports, de papiers, de notes, que je consultais avec le plus grand professionnalisme, retrouvant mes vieilles habitudes de préfet. Leclerc vint me faire personnellement un rapport détaillé de la relation inter-allié: j'avais du pain sur la planche. J'avais rendez vous le lendemain matin avec Churchill dans son cabinet. Je fus satisfait à l'idée de savoir que je n'attendrais pas deux autres semaines avant que les britanniques ne se rappellent mon existence...

 

Le lendemain, après un rapide petit déjeuner, où je savourais néanmoins avec délice le pain, le sucre, le café et le beurre mis à ma disposition, je me rendais sans tarder dans le cabinet du premier ministre. On me délégua un secrétaire, me suivant partout, et me servant quelquefois de guide. J'eus quand même la nette impression d'être quelque part espionné. On me fit pénétrer quand même très rapidement dans le bureau de Churchill où je fus assailli par l'odeur du cigare. Le petit bonhomme, bien portant, ne leva pas le regard d'un rapport qui lisait avec une grande attention. Il leva le doigt à mon intention et après quelques secondes, lâcha enfin son papier, et se leva pour me serrer la main:

 

« Je suis désolée, dit il en français avec un accent à couper au couteau, mais vous savez ce que sont les affaires d'états. Mr Jean Moulin, je présume?10 »

 

1Cet événement est bien entendu fictif, le général faisant son fameux appel le lendemain sur les ondes de la BBC

2Cet anecdote est tout à fait vraie, elle sera d'ailleurs la source de la première tentative de suicide de Max

3Lucie et Raymond Samuel, alias « Aubrac »

4Pierre Brossolette

5Général Charles Delestraint

6Jean Bruller, écrivain fondateur des « éditions de minuit »

7Grosse liberté de ma part que de faire intervenir Leclerc. Il est fort probable que dans un cas tel que celui ci, Leclerc, homme de terrain, ne se serrait pas investit dans la diplomatie.

8Autre liberté de ma part que de faire intervenir cette lettre daté du 18 décembre 1941. Mais la lettre est authentique, et mot pour mot restranscrite.

9Authentique. C'est le message convenu avec sa soeur pour lui dire qu'il était bien arrivé à Londres

10Cette rencontre n'eut bien sur jamais lieu, même si Jean Moulin se rendit plusieurs fois à Londres. L'idée était de savoir ce qui se serait passé si le Général de Gaulle n'avait pas rallié les forces françaises libres. Même si beaucoup aurait pu emporter le titre de chef de la résistance, comme Frenay ou Brossolette, mon choix se porta sur Moulin par symbole, respect et bien sur esthétique. Le but n'est pas de porter qu'hommage à Moulin, mais à la Résistance de la première heure. Pour de plus ample informations sur la résistance et Jean Moulin, se référer aux livres de Jean Pierre Azéma, Jean Moulin, et celui de Laure Moulin, Jean Moulin. Le premier est plus historique, car traité par l'excellent historien Jean Pierre Azéma, sans être redondant. Le second, plus personnel (rappellons que Laure est la soeur de Jean Moulin), est étayé de photo et de documents inédits.

Par Xaer Khân - Publié dans : Nouvelles
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Samedi 17 mars 2007

« Un futur pas si lointain... »


Je m'appelle Edouard. Mon nom de famille importe peu, vous ne me connaissez pas, et ne me connaîtrez probablement jamais. Je suis journaliste, et il m'incombe la tâche de raconter comment ces événements se sont passés, avant que l'objectivité générale s'évanouisse, avant que TOUTE mon objectivité disparaisse. Quand je dis que je suis journaliste, c'est un bien grand mot. Pour moi, j'en suis un. Pour mes anciens employeurs, c'est un autre cas. Après avoir claqué la porte de l'une des plus grandes chaînes de télévision de France, on a du mal à s'en relever, surtout quand on est pistonné vers le bas. Je n'ai jamais su choisir mes amis de toute façon.

Mais je ne suis pas là pour parler de moi. Laissez-moi vous faire un bref résumé. Le monde était devenu fou. On pense souvent que les médias sont le quatrième pouvoir. C'est faux. Ils sont devenus le pouvoir. Simplement personne ne le voit, car le média sait apporter ce que le consommateur lambda demande, encore et toujours plus d'incongrus, de sexe, ou de peur. Moi même, je n'avais rien vu. J'étais un journaliste « en vogue » comme on aime le dire dans le milieu ringard parisien. Dix heures de boulot quotidien minimum, un salaire mirobolant, un déjeuner sur le pouce, une fille sur le vif. Le bonheur contemporain.

Tout a basculé il y a quelques mois. J'enquêtais sur ce qui semblait être un mouvement anarchiste. Le patron avait été clair: « Tu me ponds un bon sujet, coco, avec drogue, sexe et rock'an'roll. S'il y a des armes, c'est encore mieux. De quoi foutre les jetons à Mamy dans sa chaumière »

Bref, au bout de deux jours, j'avais rien trouvé. Du moins, rien de ce que mon rédac' chef m'avait demandé. Quand j'avais rencontré un type apparemment intéressant, dans un bar nommé le « Vernon Sullivan » où se produisait des groupes musicaux pittoresques, celui ci m'avait répliqué « tu l'auras ton sujet, ce soir, à 20h ».

J'attendis comme il me l'avait dit jusqu'à 20h. A l'heure dite, le patron fit le silence dans la salle, et alluma la télévision sur les informations. Au bout de quelques secondes, l'émission fut parasitée et à la place du présentateur, se trouva un homme dans ce qui semblait être un sombre bureau. On ne voyait pas son visage, et il portait un costume impeccable. Il prit la parole sous les hourras de certaines personnalités du bar, accompagnés de « il a réussi! ».

« Bonsoir, peuple de France. Excusez-moi de ne pas me présenter, cela n'a aucune importance. D'ici quelques heures, on va m'appeler fou, ou même terroriste. Je préfère le terme « conscience ». Ce que je vais vous dire va vous paraître fou, effectivement. Pourtant, c'est la triste vérité, et vous pourrez la vérifier par vous mêmes. Il ne vous reste plus qu'à trouver le plus important, c'est à dire l'énergie de vous remettre en cause, comme moi et ceux qui me suivent ont su le faire. J'entends déjà certaines de vos réponses: « ainsi va le monde », « on n'y peut rien », « chacun ses goûts ». J'appelle cela de la collaboration.

L'histoire de notre pays a été souvent semée de troubles, comme dans le monde entier, mais à chaque fois, nous avons su mettre un idéal en avant. Bien entendu, ces idéaux étaient souvent accompagnés de digressions et de dissensions. Laissons l'histoire être le juge de ces événements.

Mais que retiendra-t-on, dans les générations futures, de notre époque? Personnellement, je ne supporterais pas qu'on viole l'histoire, sous prétexte que c'est pour lui faire de beaux enfants! Je ne suis pas forcement patriote, mais juste honteux que la mémoire de nos pères ne soient pas respectées.

Je citerais Jaurès « Il ne peut y avoir de révolution que là où il y a conscience. »

Jaurès avait raison, car nous ne pouvons en ce moment même faire une révolution. Oh, je sais ce que vous vous dites. C'est un révolutionnaire! Il mettre le pays à feux et à sang!

FAUX! Je ne veux pas de révolution dans ce sens. Je veux, nous voulons la révolution des mots!

Qu'on arrête de nous inonder d'images inutiles, de nous faire croire que la culture se résume à ce qu'on veut bien nous montrer à la télévision! De tous ces programmes aveulissants qui vous enlèvent toute liberté de réflexion afin de modeler à celle du plus grand nombre!

Car aujourd'hui, pour être accepté, c'est être comme les autres. Cloné. Une pensée unique. Songez, mes amis, que vous en êtes réduits à n'être aussi influents qu'une fourmi, avec la même utilité. Et on ne vous en demande pas plus. Consommez! Ne réfléchissez pas pourquoi! Si votre voisin en a un, vous devez en avoir deux! S'il en à deux, prenez en quatre! En plus gros!

Voyez comme toute autre forme de penser est marginalisée! Toute autre culture est décriée quand elle n'est pas comprise, car nous sommes gouvernés par le sentiment à la base de notre instinct de survie: la peur.

Peur de mourir, d'être seul, de n'avoir pas d'avenir. Où vais-je, où cours-je? Alors que la question devrait être: D'où viens-je? Et maintenant, où suis je?

Certes, nous ne sommes pas dans un état policier. Pas de nazisme, de communisme ou de fascisme. Pas de censure, pas d'emprisonnement abusif. Je le conçois. Mais le rejet de ce qu'on ne connaît pas n'est il pas une forme d'emprisonnement de l'esprit?

Ouvrez un livre, abstenez-vous pendant quelques temps de regarder la télévision et de croire tout ce qu'elle vous raconte. Redécouvrez Hugo, Flaubert, Baudelaire, Orwell, Wilde, Dante. Et voyez la différence, et ensuite vous pourrez me juger. Si être un rêveur et un nostalgique est synonyme de terrorisme, alors je suis volontiers un terroriste, et c'est avec joie que je ferais sauter le carcan de vos certitudes.

La révolution des mots, pour la résolution des maux »


Voilà ce que fut son discours. J'avais l'impression d'être dans un autre monde, dans ce bar. Si loin de l'hypocrisie que j'avais l'habitude de voir ou d'entendre. Je vis à une table un homme en train d'écrire. Un autre en train de lire. Une femme dessinait sur le mur avec une grande dextérité. Un petit groupe de jazzmen improvisait un morceau dans un coin. Le barman et deux hommes parlaient du dernier film argentin qu'ils avaient vu, dans une toute petite salle de la ville qui passait de vieux films.

J'avais l'impression d'être dans un autre monde, et je m'y sentais chez moi.


Quelques semaines plus tard, l'affaire fut oubliée, après un mouvement de panique dans toutes les chaînes. Faute de le trouver, de le décrier, on l'assimila à la machine médiatique. Il devint un fruit de l'arbre qu'il avait tenté de scier. Pendant quelques semaines, il fut assimilé à un effet de mode, comme représentant de toutes ces personnes qui se pensent rebelles, juste par une attitude, et non par conviction. Son message fut analysé et modifié au bon vouloir des critiques. Pourtant, il n'y eu aucune modification de la bande vidéo. On faisait juste dire à cette homme ce qu'on voulait entendre.

Je ne sus jamais qui c'était. Mais j'aime à croire que c'était notre conscience...


Par Xaer Khân - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 15 mars 2007

2007...

« Bonjour, mon lieutenant-colonel.

-Bonjour, brigadier. Il m'attend?

-Oui, il est prêt. Et apparemment, il a l'air impatient de vous voir. Il a gardé un bon souvenir de vous.

-Dommage que ce ne soit pas réciproque... Bien, allons-y! »


Le lieutenant-colonel Delestre n'aimait pas cet endroit. Il n'aimait pas toute les facettes de son travail, dont celle-ci: la visite d'un détenu dans le cadre d'une enquête. Non seulement, il prenait conscience des conditions de détention quelquefois précaires, mais aussi, il essayait faussement de se convaincre que la prison pouvait réhabiliter des criminels.

Mais dans le cadre de sa visite, il le savait, il n'y avait rien à réhabiliter. L'homme à qui il allait rendre visite risquait la perpétuité, ou l'enfermement en hôpital psychiatrique. Mais les spécialistes n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur un diagnostic commun, tant et si bien qu'il fut appelé pour donner son point de vue. Et le revoir le mettait mal à l'aise...

Le gendarme et le brigadier arrivèrent dans la salle d'interrogatoire. Delestre prit quelques secondes afin de vérifier que sa tenue était impeccable, avant d'entrer dans la pièce. C'était un homme au cheveux poivre et sel et à la coupe réglementaire. Grand, élancé, ses yeux bleus lui donnaient un air froid, ce qui était un atout majeur dans sa fonction. Il le savait, et en jouait lors des interrogatoires lors de longs silences appuyés par un regard inquisiteur.

A l'intérieur de la pièce se trouvait, outre une table et deux chaises, un homme dans une tenue de prisonnier. Il avait l'air jeune, du moins, de dos: il avait l'air occupé à scruter l'extérieur par la fenêtre, à moins que ce ne soit les barreaux... Les cheveux noirs, environ 25 ans, un peu plus petit que le gendarme, et moins musclé... Mais Delestre n'avait pas besoin qu'il se retourne pour savoir qui était cet homme...

« Bonjour, lieutenant-colonel...

-Bonjour, monsieur Vercors...

-Allons, lieutenant-colonel, je pense que nous avons dépassé le stade des civilités. Je vous en prie, appelez-moi Vincent... »


« Vincent, on m'a dit que vous n'étiez pas très coopératif...

-Vraiment? Ho, pardonnez-moi, je manque de politesse, je vous en prie, asseyez-vous et faites comme chez vous, fit le prisonnier en désignant une chaise, et en ne s'asseyant qu'après que son interlocuteur en ai fait de même.

-Le docteur Cario m'a téléphoné, il m'a dit que vous n'êtes pas très ouvert à la discussion...

-Bien sûr que si, que je suis ouvert à la discussion! Mais pas avec lui...

-Je me trompe si j'affirme que c'est le cas avec tout ce qui se rapproche d'un psychiatre? »

Un silence s'installa, et le lieutenant-colonel en profita pour plonger son regard dans celui de Vincent. Il ne vit nul désarçonnement, ni étonnement. Juste une lueur d'amusement...

« Vous marquez un point, lieutenant-colonel. Je peux vous appeler Paul?

-Non.

-Pas de problème.

-Je ne suis pas là pour faire la causette Vincent, plus vite nous en aurons fini, mieux ça vaudra pour nous deux.

-Je ne vois pas en quoi cela arrangerait ma condition, soit je passe pour un fou, soit je passe la fin de ma vie en prison. Soyez honnête, lieutenant-colonel, cela vous arrangerait VOUS! »

Vincent avait pointé son doigt vers Delestre, qui ne leva pas les yeux. Il se contenta d'ouvrir sa mallette et de sortir un dossier particulièrement épais.

« Je suis chargé d'établir si vous étiez en pleine possession de vos moyens lors de... de ces drames.

-Et quelles qualifications avez-vous pour cela? »

Delestre garda le silence, se contentant de tourner les pages du dossier.

« Parce que vous m'avez attrapé?

-...

-Ha, je crois que j'ai touché un point sensible... Laissez moi deviner... Vos supérieurs pensent que nous avons un lien? »

Le lieutenant-colonel ferma brutalement le dossier et se pencha vers le détenu:

« Écoutez Vincent, cela ne m'enchante pas d'être ici, je ne ressens aucune gloire de vous avoir attrapé, juste la satisfaction du devoir accompli. Alors abrégeons ceci afin que chacun reprenne... ses occupations.

-Vous êtes décidément hilarant, Delestre... Vous avez un don, et vous ne voulez pas le reconnaître. Vous savez que vous et moi, nous sommes pareils... A propos, comment vont Marie et Aurore? »

Vincent dit cette phrase avec lenteur et apparemment satisfaction. Delestre resta impassible, fixant le prisonnier dans les yeux. Sans le quitter du regard, il répondit

« Elles vont bien.

-J'en suis content...

-Et comment va Roxanne? »

Vincent effaça l'espace d'une seconde son sourire.

« Je suppose qu'elle va bien... »

Le gendarme sortit une lettre de sa poche et la posa sur la table, légèrement hors de portée de son interlocuteur. Il y était écrit « Pour Vincent » d'une écriture fine, presque aérienne. Delestre ne semblait tirer aucune satisfaction de son effet. Intérieurement, il jubilait.

« Elle vous a écrit une lettre. Et elle me l'a remise. Elle est à vous si vous m'aidez...

-Et qu'est-ce qui vous dit que je suis prêt à cela pour une lettre?

-Pour deux raisons. La première est que vous êtes humain, vous avez besoin de soutien, d'un peu d'espoir, comme tout le monde. Le fait que vous ayez tué 23 personnes ne fait pas de vous un monstre sans sentiments.

-Admettons, fit Vincent en riant. Et la deuxième? »

Le lieutenant Delestre se leva, et se dirigea vers la fenêtre, en laissant la lettre en pleine lumière du jour. Sans se retourner, il dit dans un souffle:

« Parce que c'est une des seules personnes proche de vous que vous n'ayez pas tué... »


Par Xaer Khân - Publié dans : Romans
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Jeudi 8 mars 2007

1985...

Il ne neigeait pas. Pourtant, on lui avait dit que les Noëls étaient blancs. Mais pas celui-ci. Peut-être n'avait-il pas été sage, et le Père Noël avait décidé de lui enlever sa maman. Oui, ça devait être ça. Il avait mangé tout les bonbons et avait accusé le chien. Ou bien, il avait cassé une assiette et avait essayé de la cacher au fond de la grosse poubelle du jardin. Et aujourd'hui, deux jours avant Noël, on enterrait sa mère.

Il ne comprenait pas tous ces rites. Il devait écouter un monsieur en robe, qui parlait dans une autre langue, et tout cela était drôlement long. Son grand père lui tenait la main, et il l'entendait murmurer. Il appelait cela « prier ». Il avait toujours été profondément croyant, sa fille beaucoup moins. La vie donne ces expériences qui vous font croire que nul ne tient les rênes de votre vie, chacun veut se persuader qu'il est maître de son destin. Avait-elle choisi de mourir entre les mains de ce violeur? En tout cas, le petit Vincent, du haut de ses quatre ans, ne se posait pas ce genre de questions, il avait d'autre préoccupations en tête. Notamment, quand est-ce que tout cela allait finir. Il faisait froid, et il s'ennuyait. Il laissa errer son esprit et son regard sur les vitraux et les statues. Il trouva cela très joli, mais plus il les regardait, plus il avait froid. Il sentait que cela le pénétrait jusqu'aux os, et qu'il devenait de plus en plus incapable de bouger. L'immobilité et la froideur de l'art de cette église se calquait sur sa chaleur, son état d'esprit. Un peu comme le flot de paroles de l'homme en robe: glacial. Il n'y avait rien d'amusant à écouter un homme bizarre dans cette immense salle mal chauffée. Et il était le seul enfant parmi tout ces gens, qu'il ne connaissait même pas. « «Des amis », avait dit son grand père. Vincent commençait à se forger une opinion de l'amitié, et il se dit que c'était en fin de compte pas bien important.

Enfin, tout le monde se leva, et sortit de l'église, par cette immense porte grande ouverte. Pas étonnant qu'ils n'arrivent pas à chauffer l'église, ils laissent tout ouvert! La petite troupe se rassembla derrière le corbillard, et se mit lentement en marche. Il faut croire que le discours avait eu le même effet pour le reste des personnes: tous étaient apathiques, se déplaçant avec la rigueur d'une vieille horloge, lentement, beaucoup trop lentement pour un enfant qui trouvait que les adultes ne savaient pas s'amuser. Personne ne parlaient, tous regardaient leurs pieds, devenu objet de toute leur attention. Son grand père ne lui avait pas lâché la main et n'avait pas répondu à Vincent quand il lui avait demandé où ils allaient. Il décida alors de regarder ses pieds à son tour, mais n'y trouva rien de bien passionnant. Si, une chose: ses chaussures n'étaient pas assez chaudes, et pas assez confortables. Il regrettait amèrement ses vieilles baskets à scratch, il ne dépendait de personne pour les mettre et les attacher. Et surtout, il pouvait faire ce qu'il voulait sans qu'on lui dise de ne pas salir ses chaussures. Non, franchement, cette journée n'était pas agréable, et on prenait vraiment trop de temps à accomplir des taches qui ne plaisaient à personne. Il n'y voyait aucun intérêt.

A son passage, tout le monde le regarda avec les yeux que lui faisait Prince, son chien, quand il mendiait un morceau de gâteau. « Pauvre petit », « vivre ça à son âge ». Il ne comprenait pas ce qu'ils voulaient dire, mais il les trouva très ennuyeux.

Quand ils arrivèrent au cimetière, l'homme en robe se remit à parler en charabia. Sa mère lui avait parlé de cette langue: « quand on ne comprend pas, c'est du charabia ». Il se demanda en quel pays on parlait cette langue. Sans doute en Charabie, le pays des chameau et du sable. Cela expliquait sa tenue étrange, mais il n'était pas comme dans les livres. Mais il avait le mérite de faire pleurer beaucoup de monde, même si on ne comprenait rien. Vincent n'avait qu'une envie, c'était d'en finir, et n'avait qu'une question, mais devait attendre. Il avait froid au pied, et il en avait marre d'attendre devant cette boîte. Il la trouva jolie, et se demanda ce qu'il devait y avoir. Puis on mit la boîte dans un trou creusé dans la terre, et chacun à son tour y jeta des fleurs. Là, il ne comprenait plus rien. Pourquoi mettre des fleurs dans un trou, au lieu d'un vase? Quand on lui donna une rose pour qu'il la lance à son tour, son grand père lui murmura: « dis au revoir à maman ».

Il se moquait de lui? Il lui avait dit pas plus tard qu'avant hier qu'elle était au ciel! Mais il préféra ne pas lui faire remarquer son erreur, il pourrait se mettre en colère. Est ce qu'on aurait fait comme pour l'oiseau mort qu'il avait trouvé? On aurait mis sa mère dans une boîte en bois (celle de l'oiseau était en carton, elle contenait auparavant ses chaussures), puis maintenant, on l'enterre? Il nota pour lui même qu'avec l'oiseau, on en avait pas fait tout un plat. Il n'avait qu'une envie: qu'on lui réponde à cette fameuse question qui lui trottait dans la tête depuis deux jours. Alors, il jeta la fleur, et tout le monde vint l'embrasser, de baisers mouillés, piquants, salés, odorants, bruyants, larmoyants. Tout ceci était extrêmement désagréable, mais il ne bougea pas. Il se contenta de dire « merci monsieur, merci madame », ce à quoi on lui répondait « brave petit, tu es bien courageux ».

Et il sembla que la « cérémonie » prit fin, car le charabien ferma son livre et s'en alla, et tout le monde se dispersa, avec des adieux embarrassés et des propositions d'aides hypocrites. Vincent jeta un coup d'oeil dans le trou, et inspira profondément. Il avait toujours aimé l'odeur de la terre fraîche, à la grande colère de sa mère quand il rentrait tout crotté. Mais pour lui, c'était le meilleur souvenir de la journée: l'odeur de la terre fraîche, là, devant ce grand trou...

Lui et son grand père se dirigèrent vers la voiture, et il s'installa à l'arrière. Il fut content de s'asseoir sur quelque chose de moelleux et de pas trop froid. Son grand père pris place juste devant, sur le siège du conducteur, et resta un long moment à le regarder par le rétroviseur intérieur. Il vit enfin ses yeux, de plus en plus humide. Il enleva son chapeau en feutre, son écharpe, et sans le regarder, lui dit d'une voix chevrotante:

« Tu as été très courageux, mais tu avais le droit de pleurer tu sais. Il n'y avait pas de honte... »

Vincent pris cela comme un compliment, et il risqua alors de poser sa question. Son coeur battait la chamade, il avait peur. Peur de sa réaction, de son refus, de sa réponse, de sa colère. Mais il devait savoir. Il se tortillait les doigts dans tout les sens, et essaya de prendre l'air le plus embarrassé qu'il put:

« Papy?

-Oui mon grand?

-Est ce que j'ai fait quelque chose de mal? Est ce que je suis puni?

-Mais bien sûr que non, mon grand, répondit-il au bord des larmes. C'est comme ça, c'est tout. Tu comprendras plus tard. »

Il était rassuré. Alors il put lui demander, pendant qu'il démarrait la voiture:

« Alors, le Père Noël va quand même passer? »

Son grand père fut comme choqué. Il sentit une vague le traverser, mais il réussit à la contenir.

« Non, mon grand, je ne crois pas... »

A partir de ce moment là, Vincent sentit vraiment la tristesse l'envahir, et il pleura. Non pas parce que sa mère était morte, mais parce qu'un petit garçon n'aurait pas de cadeau de Noël. Et ça, ce n'était vraiment pas juste...


Par Xaer Khân - Publié dans : Romans
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Vendredi 17 novembre 2006

Vole papillon, vole,

De ton inaction, ta beauté s'étiole.

Blasé de voler vers les étoiles,

Tu préfères ces nouveaux astres,

Une lumière qui porte ce voile,

Celui de l'éphémère et du désastre.


Tu te perds et désespère,

Dans tout ces nouveaux réverbères,

Voletant près de ces flammes,

Sans te douter que tu y perds ton âme.

Qu'y gagnes tu en définitive,

Sais tu de quoi tu te prives?


Révolte toi contre ces lumières,

Qui te brûlent tes fragiles appendices,

Qui te permettent de refaire

Le monde sans artifices.

Et enfin tu pourras voir qu'avec tes ailes,

Tu n'es pas le seul à regarder vers le ciel...

Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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Samedi 4 novembre 2006

Une bête intérieur,

Féroce, au talent destructeur,

Une sauvagerie sans limite,

Dont le peu de barrage imite

Le fétu de paille devant le feu de forêt

Que même l'eau ne peut étouffer.

Je sens ses griffes, ses dents,

Qui ne me poussent pas dehors, mais dedans,

Des armes déchirants les âmes,

Causant des blessures de larmes.

Le sang n'étanche pas ma faim,

Seul souffrance, peine et chagrin

Compte dans mon sombre dessein.

Tremble misérable agneau!

Ton maigre cou connaîtra bientôt mes crocs.

N'espère aucune pitié de l'animal,

Car tu n'en a pas eu du haut de ton piédestal,

En me chassant à cause de mon poil trop gris.

Bientôt, oui, bientôt...

Tu connaîtras le délicieux sens du mot mépris.

Et tu verras ta vrai couleur de peau:

Pas vraiment plus blanc,

Que celui du loup reflet gris-argent...

Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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Jeudi 26 octobre 2006

Comment ne pas être blasé

Devant la folie des hommes

Qui depuis cette histoire de pommes

Crois que son âme est condamné

Pour avoir oublié de prier

Alors qu'il se garde de mentionner

Toute les vies qu'il a volé.

Comment ne pas être blasé

Devant la folie des femmes

Qui aime tant braver les flammes

Mais qui devant un beau pedigree

Oublie leurs belles résolutions

Pour ressembler aux loups face aux moutons.

Comment ne pas être blasé

Devant tant de mensonge proférés

Alors que certains de par le monde

N'ont pas de droits de vérité

Et que pour l'avoir, ils y succombent

Alors que chez nous, il n'est que gaspillé.

Comment ne pas être blasé

Devant la route qui nous est tracé

Où le choix est là, mais limité

Où le moule est étroit, mais recommandé

Et où les esprits n'ont pas le droits de citer.


Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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Jeudi 26 octobre 2006

Je veux juste être libre,

Ne pas me retourner à chaque pas,

Ne pas sentir qu'on ne m'aime pas,

Juste parce que je ne suis pas de la même fibre,

Du même sang, du même poil que tout les moutons,

Qui filent droits, sans se poser de questions.

Je veux juste être libre,

Pour croire qu'en chaque personne,

Vit une volonté qui résonne

Qui s'offusque aux sons des calibres,

Juste pour ne pas courber la tête,

Juste pour être et ne plus paraître.

Je veux juste être libre,

Pour ne plus être seul contre tous,

Afin que autre chose qu'un idéal me pousse,

Pour qu'enfin je trouve un équilibre.

Ne plus craindre de blesser,

Mais juste arriver à vous toucher...

Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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Jeudi 26 octobre 2006

Je fais ce rêve bizarre,

D'une femme dont je ne vois le regard,

Caché par un ample chapeau,

Et qui par un sourire me tourne le dos.

Je le sais, cette femme est belle,

Je le sais, cette femme est celle,

Qui d'un regard me rendra beau,

Qui d'un toucher me donnera chair et os

Qui d'un sourire me montrera le soleil

Qui d'un baiser me fait croire aux merveilles.

Le paradoxe du poète tiens en cette réalité:

Rechercher sa muse comme un forcené,

User de son art jusqu'à ce qu'on en crève,

Mais en faite n'aimer que la femme de ses rêves.

Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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Lundi 16 octobre 2006

J'irais droit en enfer

Et je dois bien l'avouer,

Cela m'indiffère!

Car pour y succomber,

Il faudrait déjà l'inventer.

Nul Enfer! Nul Paradis!

Car si l'éden est terrestre,

Le royaume d'Hadès l'est aussi.

Pourquoi espérer pire ailleurs,

Alors qu'il y a ce qu'il faut en douleur?

Pas besoin d'un diable,

Quand on sait se rendre misérable;

Pas besoin d'un Lucifer,

Quand le reste nous indiffère.

Le contraire de la peur n'est pas le courage,

Mais peut être bien un concept nommé partage...

Par Baudouin IV - Publié dans : Poésies
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